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➤ À ne pas manquer sur    LE FIL    de Philomag.com : Notre travail a-t-il (encore) un sens ? ✚ Dante philosophe ✚ Kanye West, nouveau Bouddha ?

Bonjour, 

Ça fait du bien, parfois, de voir décrite longuement noir sur blanc une chose dont on avait l’intuition depuis un bout de temps. Dans le nouvel essai de Mona Chollet qui paraît demain, Réinventer l’amour. Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles (Éd. Zones), tout un chapitre est consacré à l’injonction à “se faire plus petites” que subissent beaucoup de femmes afin de trouver un partenaire. Elle se décline sur tous les plans : physique, mais aussi intellectuel, artistique et économique. Mona Chollet entame son chapitre par cet épisode de communication politique à la fois drôle et navrant : une couverture de Paris Match datée de l’été 2019 où Nicolas Sarkozy et Carla Bruni posent de façon à ce qu’il apparaisse comme “un colosse protecteur”, alors que l’ex-mannequin ressemble à un fragile oisillon dont le visage est enfoui dans le creux d’une solide épaule. L’ennui, c’est que tout le monde sait qu’elle mesure deux têtes de plus que lui. Conséquence : éclat de rire général. Si la dynamique réelle de leur couple se moque sans doute de ce détail, il est intéressant de noter qu’il a paru bon aux responsables éditoriaux de Paris Match de le mettre en scène ainsi. Une énième preuve que “l’infériorité féminine est comme encapsulée dans notre imaginaire amoureux”, comme le démontre Mona Chollet tout au long de son essai. 

Je ne compte plus les fois où j’en ai parfois douloureusement fait l’expérience, au point aujourd’hui d’éprouver une flemme intense au moindre frémissement amoureux. Ce sont ces mecs qui regardent d’un air effaré mes étagères chargées de livres, comme s’ils renfermaient de minuscules ciseaux prêts à s’en prendre à leur virilité – je me souviendrai toujours d’un condescendant “Ah ! Madame lit…” ou pire d’un “Genre, tu lis ça, toi !” Ou ces autres dont le visage se ferme une fois la réponse fatidique donnée à cette question en apparence anodine : “Tu fais quoi dans la vie ?” Alors que j’étais encore étudiante en philo, et aussi ouvreuse dans une salle de concert parisienne, j’avais fait un test plusieurs soirs dans le bar où notre équipe allait après le travail. Si je me contentais de répondre que j’étais ouvreuse, la conversation allait bon train avec le type qui flirtait. Si j’ajoutais que j’écrivais un mémoire sur Albert Camus, j’avais droit à un “Ah !”, suivi d’un silence gêné – bon, peut-être que beaucoup d’hommes n’aiment pas Camus et rechignent à parler d’existentialisme, mais j’ai des doutes. Aujourd’hui, je retarde toujours le plus possible le moment de dire pour quel journal j’écris. J’ai encore toute une liste de situations de ce genre, sans parler des histoires de mes amies, mais on n’a pas toute la nuit. 

Ce type de réaction, je ne l’ai jamais observé chez une femme, qui se montre toujours curieuse et enthousiaste, voire n’hésite pas à exprimer son admiration. On pourra m’objecter que je choisis peut-être mal mes “cibles”. L’ennui, c’est que ce comportement vient d’hommes d’origines et de milieux socio-professionnels très variés. Quand j’en parle à mes amis gays et lesbiennes, ils sont surpris, voire choqués. “Ça craint à ce point d’être hétéro ?” Hélas ! oui. Pour une femme, être plus âgée, plus grande, ou socialement, artistiquement, intellectuellement plus épanouie que l’homme qu’elle aimerait séduire est un obstacle souvent insurmontable – j’ai aussi quelques exceptions autour de moi, dieu merci, mais je les compte littéralement sur les doigts d’une main. Être too much pour une femme est rarement perçu comme sexy – ou alors juste le temps pour l’homme d’assouvir un fantasme, si j’en crois mes copines danseuses et chanteuses au style flamboyant. “Aimer un homme qui donne la pleine mesure de lui-même est jugé valorisant pour une femme ; aimer une femme qui donne la pleine mesure d’elle-même est jugé menaçant pour un homme. La séduction masculine se définit par le surplus ; la séduction féminine par la carence”, résume Mona Chollet. 

Pour en finir avec cette situation, c’est toujours la même histoire, il faudrait changer les représentations, notamment parvenir à “érotiser l’égalité”, puisque ce sont les situations d’inégalité qui, dans la littérature, la musique ou le cinéma, sont le plus souvent mises en valeur comme désirables. Et si le désir hétérosexuel était fondamentalement une passion pour l’inégalité, avec quelques exceptions admirables ? Tout dépend du statut que l’on accorde à ces exceptions : montrent-elles une autre voie ? ou sont-elles des anomalies du système patriarcal ? Mona Chollet penche pour la première réponse ; moi, je ne sais vraiment pas. Me voilà donc sceptique, au sens premier du terme – si j’arrive à emballer en causant Pyrrhon d’Élis, vous en serez d’ailleurs les premiers informés !

 

Réinvention ou répétition d’un même schéma ? Après le putsch militaire en Guinée, la question se pose d’un possible changement de régime. Le philosophe canado-guinéen Amadou Sadjo Barry que nous avons interrogé se montre toutefois pessimiste. Quant au rappeur américain Kanye West, son changement de nom – appelez-le désormais “Ye”, “vous” en VF – évoque furieusement une réincarnation bouddhiste.

Bonnes lectures !

À lire aujourd’hui sur
LE FIL DE PHILOMAG.COM


Notre travail a-t-il un sens ? (Et si oui, lequel ?) 

➤ C’est la grave question que pose l’anthropologue James Suzman dans son nouveau livre Travailler. La grande affaire de l’humanité (Flammarion). En se baladant du monde des chasseurs-cueilleurs à celui des intelligences artificielles, de l’Antiquité à nos jours, il montre qu’on ne travaille pas seulement pour survivre. On dépense de l’énergie dans un but donné, et qui n’est pas uniquement utilitaire. On vous décortique ce grand ouvrage ici.

Dante, amoureux de la philosophie

➤ Le grand poète italien, après la mort de sa bien-aimée Béatrice, a tenté de se consoler en lisant de la philosophie. Cela l’a passionné, et il s’est mis à écrire des essais à la première personne, inspirés de Platon, d’Aristote ou encore d’Averroès. Un paradis de pensées à découvrir

Kanye West, nouveau Bouddha ?

➤ Le célèbre rappeur américain effectue des démarches pour changer de nom. Il veut qu’on l’appelle “Ye”. “Je suis vous”, clame-t-il désormais. Sait-il qu’il reprend presque mot pour mot l’un des mantras de la pensée orientale ? Bouddha disait ainsi : “Je suis toi et tu es moi.” Le remuant futur ex-M. Kardashian a-t-il atteint (enfin) la sagesse ?

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