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La RTS doit-elle apprendre à communiquer?


Bonjour!

La session d'été entre dans sa deuxième semaine au Parlement. Un «sprint» de quatre jours, comme la précédente (les élus n'ont siégé ni vendredi, ni hier).

En marge du riche programme, la semaine écoulée a marqué le début de la récolte des signatures pour l'«initiative SSR». On retrouve dans cet intitulé toute la malice de l'UDC, dont le président Marco Chiesa était aux premières loges. Pour rappel, le parti et certains milieux proches (Union suisse des arts et métiers, Jeunes PLR) veulent faire passer la redevance à 200 francs et en exonérer les entreprises. 

«No Billag» bis, c'est parti.
Dans le même temps, une information est peut-être passée sous vos radars: l'émission «Infrarouge» de la RTS va continuer dans son rythme hebdomadaire, contrairement à ce qui avait été annoncé il y a une année jour pour jour (7 juin 2021).

Cela peut sembler anecdotique, mais ce ne l'est pas du tout: voilà douze mois, le communiqué qui l'annonçait avait provoqué d'intenses levers de boucliers, tant parmi les employés de la RTS que dans le sérail politique. La mesure était hautement symbolique: pour la première fois, l'entreprise sabrait dans ses programmes. 

Une décision douloureuse prise parce qu'il n'y avait plus le choix? Que nenni! «Ce n'était qu'une piste de réflexion», a argumenté le directeur des programmes de la RTS lorsque je l'ai interrogé à ce sujet. Selon des sources bien informées, la réalité est bien différente: les milieux politiques pro-service public n'auraient pas goûté à la version «light» de l'émission de débats politiques, tout comme la maison mère SSR.

Venant d'un mastodonte (plus de 1500 employés à la RTS) dont la communication est le cœur de métier, ce rétropédalage «à la légère» a de quoi étonner. En ajoutant les bisbilles entre l'UDC et SRF à propos d'«Arena», le pendant alémanique d'«Infrarouge», ainsi que les élections fédérales 2023, le contexte médiatico-politique est explosif. La RTS ferait bien de soupeser l'impact de chaque annonce à l'avenir...

Bonne lecture!
Après avoir ironisé cette semaine sur les Verts genevois et la viande, «Vigousse» rebondira-t-il sur la nouvelle polémique de la «Journée du lait»?
2023 ne sera pas qu'année d'élections fédérales: elle marque aussi les 150 ans de la Suisse moderne. Pour célébrer 1848, Karin Keller-Sutter a vu les choses en grand et convié quatre photographes venus du Mexique, d'Italie, d'Iran et des USA pour réaliser un documentaire. Les professionnels suisses, parmi les plus touchés par le Covid, apprécieront.
La défaite en finale du tournoi des parlementaires en Finlande aura été le dernier match du capitaine Eric Nussbaumer. Après dix ans, le socialiste bâlois de 61 ans a transmis son brassard à Lars Guggisberg. «C'est un privilège, mais je ressens aussi la pression», a confié l'UDC bernois à Blick. De là à dire que le FC Nationalrat est plus sérieux que la Suisse en Nations League...
Un tableau un peu trop noir

C'est un communiqué peu commun envoyé par l'UDC neuchâteloise cette semaine: «L’impartialité dans les écoles est-elle encore de mise ou le libre arbitre effraie-t-il trop certain(e)s enseignant(e)s?», interroge le parti.

La raison du courroux de l'UDC? Un élève de 3e cycle a rapporté la façon, photo à l'appui, dont son enseignant a présenté les partis en classe (voir ici l'image en grand). On y découvre que l'écologie est l'apanage de la gauche mais surtout, ce qui semble avoir chiffonné l'UDC, que le parti est qualifié de «parfois xénophobe».
Un tableau trop simpliste?
«Il nous semble important de souligner les réels objectifs de l’UDC plutôt que de dénigrer sans raison et sans explication ce qui reste, malgré tout, le premier parti de Suisse», écrit la formation conservatrice en rappelant ses domaines de compétence, de la défense du territoire à la protection des valeurs chrétiennes. Se disant «à moitié surprise par la partialité de certain(e)s enseignant(e)s», l'UDC pourra, c'est à souligner, y ajouter l'écriture inclusive.
Au royaume des jours patatables (sic)

«La Suisse a prospéré en tant que paradis pour les entreprises bien au-delà de ce que l'on pourrait attendre d'un petit pays enclavé disposant de peu de ressources naturelles. Le pays abrite 13 des 100 premières entreprises européennes par capitalisation boursière. Quelle est la recette secrète des Suisses?»

C'est ainsi que «The Economist» s'intéresse à notre pays, cette semaine. Un article qui enchaîne les clichés (les graphiques positifs sont des «sommets alpins» et les illustrations font référence à la fondue) aussi rapidement que les éloges.
Parmi les ingrédients de la gloire: les hautes écoles. L'EFPZ obtient une gommette, tout comme l'EPFL, ce qui a réjoui Martin Vetterli (retrouvez ici notre interview).

Le président du «Poly» compte des employés pleins de ressources, comme Jérémy Fleury. Alors que Guy Parmelin faisait part ce week-end à Blick de ses craintes quant à l'énergie, le chercheur à l'EPFL pourrait bien faire partie des réponses. Son domaine de recherches: les vitres intelligentes, qui exploitent le potentiel du solaire.

Vous en apprendrez davantage dans cette interview sur le site de l'EPFL, mais j'en retiens une chose: ce formidable graphique sur les jours «patatables», à savoir le nombre de jours qu'il faut pour cuire des patates pour deux personnes au soleil.  
VAUD

Duel de camarades

Ce n'est pas aussi scientifique que des jours patatables, mais il y a un indice assez fiable: si mes collègues alémaniques s'emparent d'un sujet romand, c'est qu'il est d'importance. Les deux pages entières et richement illustrées de SonntagsBlick sur la lutte fratricide entre Pierre-Yves Maillard et Roger Nordmann sont révélatrices de l'enjeu autour des deux hommes, qui dépasse largement le simple siège vaudois au «Stöckli». Si vous avez raté le début, la donne est simple: pour survivre à Berne, Roger Nordmann — arrivé au bout des mandats possibles au National — doit rebondir au Conseil des États. Mais il va devoir battre «PYM»... Le récit de mon collègue Tobias Marti est à lire ici dans sa version en français.

FRIBOURG

Écu(s)blens

La commune d'Écublens avait deux particularités: c'est l'une des seules du canton de Fribourg où le —s n'est pas prononcé (je ne détaille pas, sinon j'en ai jusqu'à ce soir, et nous fêtons les un an de Blick) et elle est souvent confondue avec son homonyme vaudoise. Les Glânois ne regretteront pas, du moins cette année, de ne pas avoir de vue sur le Léman: ils vont recevoir leurs impôts communaux en retour, presque en intégralité. Le taux d'imposition a été baissé de 88% à 10%! Une mesure rétroactive, un peu similaire à la carte «Chance» du Monopoly, qui n'était pas du tout prévue. C'est un citoyen présent à l'assemblée communale qui l'a proposée,  arguant que même avec cette mesure, les comptes resteraient dans le vert. Ironie de l'histoire: il s'agit de la commune de Georges Godel, grand argentier fribourgeois durant quinze ans et surnommé «Picsou» pour avoir enchaîné les exercices largement bénéficiaires sans (ré)investir...

Andrea Franc et les théories à deux balles

La preuve du jour que le Röstigraben existe? Des internautes s'écharpent depuis hier sur Reddit pour déterminer si ces Röstis sont esthétiques ou non. Mais je n'ai pas encore intégré la rubrique Food de Blick (je vous recommande cet article), et ce n'est pas cela que je veux aborder ici.

Vous n'avez sans doute jamais entendu parler d'Andrea Franc (insérer ici une blague sur «franc-parler»). Les Alémaniques non plus, à vrai dire, jusqu'au 25 mai. Ce jour-là, la NZZ publie une interview de la professeure d'histoire et d'économie aux Universités de Bâle et Lucerne. Le titre: «Les étudiants gâchent leur temps».
Le bonheur de la «NZZ» et ses interviews à 15 minutes de lecture par page.
Le propos de la scientifique? Pendant que les infirmières et autres mécaniciens font tourner le pays, une armée d'universitaires ne travaillent qu'à temps partiel. Andrea Franc a, en particulier, les sciences humaines et sociales dans le viseur. Selon l'OFS, ceux-ci ne gagnent que 48'000 francs par an en moyenne. C'est largement moins que les mécaniciens qui sortent d'un apprentissage, relève la chercheuse.

Une façon de se plaindre de la situation des philosophes et autres ethnologues? Pas du tout! Andrea Franc déplore surtout le fait que ceux-ci font le choix de ne pas travailler à 100%, et préfèrent se la couler douce.

Il n'y a pas que les chercheurs professionnels qui en prennent pour leur grade. Voilà ce que la professeure dit de ses étudiants: «Ce qui me vient à l'esprit? Dans mes séminaires, il y a que des Suisses: Meier, Huber ou encore Brunner. En faculté d'économie, il y a beaucoup de noms qui viennent des Balkans.» Eux auraient compris, selon Andrea Franc, l'importance de suivre un cursus professionnalisant. 

Pendant ce temps, les étudiants en histoire «jouent à des jeux sur leurs téléphones, se montrent leurs photos de vacances ou envoient des WhatsApp». Pire, au moins un étudiant sur cinquante fumerait des joints avant de venir à son cours, assure-t-elle.
Andrea Franc, membre des Verts'libéraux bâlois et personnalité la plus détestée des étudiants en sciences sociales depuis deux semaines.
Depuis la fin mai, le tollé ne faiblit pas. À peu près tout ce que notre pays compte de scientifiques en sciences sociales se sont exprimés, que ce soit sur Twitter ou dans les médias, et des réactions continuent d'affluer. Cette semaine, des étudiant de l'Université de Lucerne, où exerce la Professeure, ont demandé une prise de position officielle de la part de l'institution.

En attendant une réponse, le corps enseignant se bat par prises de positions interposées, puisque le doyen de la Faculté des sciences sociales a rédigé une tribune dans la «NZZ» pour contrer sa collègue...

Guy Parmelin le disait dimanche à Blick: le conflit en Ukraine a des effets dévastateurs dans certains pays. Le rédacteur en chef du SonntagsBlick Gieri Cavelty est inquiet et appelle les Suisses à l'action: nous faisons face à une crise alimentaire d'ampleur historique, et nous avons beaucoup de marge de manœuvre au niveau de nos comportements individuels. 

«C’est quoi, une poudrière sur le point d’exploser? Jeter un coup d’oeil en Egypte, ces jours, donne un bon indice. Le gouvernement communique presque sur chaque tonne de blé récoltée. Les autorités du Caire veulent rassurer les habitants: il y a assez de nourriture et aucune raison de paniquer. Pourtant, si l’approvisionnement fait l’objet d’une telle couverture, c’est qu’il y a précisément toute les raisons de s’inquiéter.

En Suisse, où nous jetons 330 kilos de nourriture par personne à la poubelle chaque année (!), nous faisons comme si cela ne nous concernait pas. Pourtant, les conséquences de la hausse des prix des denrées alimentaires et les troubles sociaux liés en Afrique du Nord devraient bientôt se faire sentir chez nous aussi. 

Ces derniers jours, un nombre record de personnes a tenté de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Et pour la première fois, selon l’ONU, la majorité venait d’Égypte. Précisément le pays dans lequel le prix du pain a augmenté de 50% peu après le début de la guerre en Ukraine…»






 


Gieri Cavelty
Journaliste et rédacteur en chef de SonntagsBlick.
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Adrien Schnarrenberger fait partie l'équipe de l'Investigative Lab de Blick. 
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